Gretchen (Visions de guerre) - 1917
Aquarelle gouachée sur traits de crayon sur papier
Signé et daté en bas à gauche "G. A. MOSSA / 1917"
Annoté en bas à gauche dans la marge "Gretchen"
62.5 x 41.5 cm
Provenance : Succession de l’artiste, 1972
Collection France Mossa-Lombart, don de son vivant à ses enfants
Collection particulière, Paris
Vente Paris, Artcurial, 14 novembre 2016, lot 125
Acquis lors de cette vente par l'actuel propriétaire
Collection Louis Grandchamp des Raux
Expositions : Nice, L'Artistique, Visions de guerre : peintures, dessins, aquarelles, gravures, janvier - février 1918, n° 118.
Marseille, Galerie Lambert, Allégories et paysages, novembre 1918, n° 13
Paris, Pavillon des arts, Nice, Galerie des Ponchettes et Galerie Mossa, Gustav Adolf Mossa, l'oeuvre symboliste, 1903-1918, juin - avril 1993, n° 126, reproduit p.215
Nice, Galerie de la Marine et Musée des Beaux-Arts, Alexis et Gustav Adolf Mossa témoins de la Grande Guerre, novembre 2001 - janvier 2002, p. 6
Évian-les-Bains, Palais Lumière, Éros et Thanatos dans l’oeuvre symboliste de Gustav-Adolf Mossa (1904-1918), février - mai 2008, p. 242
Bibliographie : R.Febvre, "La Vie artistique. Au musée des Beaux-Arts de Nice", in La Vie niçoise, 17 mars 1918
J. T., "Des Grognards aux poilus", in L'Eclaireur de Nice, 5 mars 1918, p. 3.
J.-R. Soubiran, Les Aquarelles symbolistes et la création plastique symboliste de Gustav Adolf Mossa, thèse de doctorat, Université d'Aix-en-Provence - Marseille, 1978,n° 345 p. 667
J.-R. Soubiran, Gustav Adolf Mossa, 1883-1971, Ediriviera, Nice,1985, n° 337 p. 250
S. Lombart, S.Lombart, J.-R. Soubiran, Gustav Adolf Mossa, Catalogue Raisonné des œuvres « symbolistes », Somogy éditions d'art, Paris, 2010, n° A364 p. 423-424,
Watercolor and gouache over pencil on paper; signed and dated lower left; 24 5/8 x 16 3/8 in.
En 1918, Gustav Adolf Mossa participe avec d’autres artistes soldats à une exposition organisée au cercle de l'Artistique à Nice, où il présente une suite de treize aquarelles réalisées l’année précédente. Parmi ces Visions de guerre figure Gretchen, un sujet inspiré des Scènes de la vie de Faust, œuvre musicale de Robert Schumann - d’après la célèbre pièce de Goethe - illustrée par Mossa en 1912. La notice du catalogue de l’exposition précise le thème : « Jadis elle venait en son temple adorer l’Éternel ! Elle ne pourra plus, Gretschen [sic] ; car ses fils ont détruit le sanctuaire avec la torche que leur tendait le Malin », en référence à un vers de l’Athalie de Racine (I, 1). Dans cette allégorie de l'invasion allemande, Marguerite - dont le diminutif allemand est Greta ou Gretchen - s’est assoupie alors qu’elle était en train de filer. La représentation de cette jeune fille plongée dans un profond sommeil est probablement une référence à la Belle au bois dormant de Charles Perrault, conte qui suscita l’intérêt des symbolistes à la fin du XIXe siècle. Au fond à droite, Faust, qui vient de trahir Marguerite, pactise avec Méphistophélès. Les deux hommes incarnent les forces maléfiques de l’Empire allemand. Aux pieds de Gretchen, un vase de myosotis brisé évoque le serment amoureux trahi, tandis que l’enfant mort-né de ses amours avec Faust prend la forme de petits soldats allemands qui sortent du bas de la robe. La représentation d’un édifice gothique à l’arrière-plan dénonce la destruction des cathédrales et évoque les pertes patrimoniales liées à la guerre. L’artiste joue sur les contrastes de taille, opposant un univers mythique imposant aux minuscules soldats de l’armée allemande, comme un combat de lilliputiens face à des géants.
Ce dessin de Gustav Adolf Mossa, peintre inclassable, virtuose et subversif, offre un puissant témoignage de son art qui prend source dans un creuset de références littéraires multiples. Le peintre niçois s’empare ici du mythe de Faust pour en proposer une lecture politique et patriotique dans le contexte douloureux de la première guerre mondiale. Son art transgressif sonne le glas du symbolisme et annonce le surréalisme.
Gustav Adolf MOSSA (1883 - 1971)
62.5 x 41.5 cm
In 1918, Gustave Adolf Mossa participated alongside other artist-soldiers in an exhibition organized by the Cercle de l’Artistique in Nice, where he exhibited thirteen watercolours created the previous year. Among the works in Mossa’s series Visions de Guerre is Gretchen, a subject inspired by Scenes from Goethe’s Faust, a musical-theatrical work by German composer Robert Schumann - after the famous play by Goethe – illustrated by Mossa in 1912. The catalogue for the 1918 exhibition specifies the theme: “Long ago she would come to her temple to worship the Eternal! She will no longer be able to, Gretschen [sic]; for her sons have destroyed the sanctuary with the torch handed to them by the Evil One”, a reference to a verse from Racine’s Athalie (I, 1).
In this allegory of the German invasion, Marguerite – whose German diminutive is Greta or Gretchen – has fallen asleep at her spinning wheel. The image of this young girl in a deep sleep is likely a reference to Charles Perrault’s Sleeping Beauty, a tale that captured the imagination of the Symbolists in the late 19th century.
To the bottom right, Faust, who has just betrayed Marguerite, is making a pact with Mephistopheles. The two men embody the evil forces of the German Empire. At Gretchen’s feet, a broken vase of forget-me-nots evokes the vows of love betrayed, whilst the stillborn child, fruit of her tryst with Faust, takes the form of little German soldiers emerging from the hem of her dress. The depiction of a Gothic building in the background condemns the destruction of cathedrals and evokes the loss of cultural heritage caused by the war. The artist plays on contrasts of scale, juxtaposing an imposing mythical world with the tiny soldiers of the German army, like a battle of Lilliputians facing giants.
This drawing by Gustav Adolf Mossa, a subversive and virtuoso painter who defied categories, offers a powerful testament to his art, which draws upon a host of literary references. Here, the painter from Nice takes the myth of Faust and uses it to offer a political and patriotic interpretation against the harrowing backdrop of the First World War. His transgressive art sounds the death knell for Symbolism and heralds the advent of Surrealism.



































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