Description
Paul-Élie RANSON
Schouchana ou Suzanne ou Suzanne et les vieillards - 1891
Encaustique sur toile
Signée en bas à droite "P.Ranson", contresigné et daté au dos "P.Ranson/Janvier-1891"
65 x 53.7 cm
Provenance : Atelier de l’artiste
Collection de France Ranson (1866-1952), veuve de l'artiste, France (par succession)
Collection particulière, France (par descendance)
Collection Samuel Josefowitz (1921-2015), Pully (probablement acquis dans les années 1960)
Collection de sa fille Nina Myran-Josefowitz (en 1999)
Vente Paris, Christie’s, Collection Sam Josefowitz, 20 octobre 2023, lot 105
Acquis lors de cette vente par l'actuel propriétaire
Collection Louis Grandchamp des Raux
Expositions : Paris, Pavillon de la Ville de Paris, Société des Artistes Indépendants, 8ème exposition, mars-avril 1892, n°972, p.59
Minneapolis, The Minneapolis Institute of Arts, The Nabis and their Circle, novembre-décembre 1962, p.144
Saint-Germain-en-Laye, Musée Départemental Maurice Denis « Le Prieuré », Paul Élie Ranson, Du Symbolisme à l’Art Nouveau, octobre 1997-janvier 1998, n°14, reproduit en couleur p.63
Toronto, dépôt à The Art Gallery of Ontario, septembre 1990-juillet 2003
Saint-Germain-en-Laye, Musée Maurice Denis, Pont-Aven, Musée de Pont-Aven, Paul Ranson, Fantasmes & Sortilèges, octobre 2009-janvier 2010, n°54, reproduit en couleur p.92
Barcelone, Fundacio Catalunya La Pedrera, Les Nabis de Bonnard à Vuillard, mars-juin 2026, p.237, reproduit en couleur p.192
Varsovie, Royal ?azienki Museum, The Nabis – Prophets of a New Art, juillet-septembre 2026
Bibliographie : C. Boyle-Turner, Les Nabis, Édita SA, Lausanne, 1993, p.34, reproduit en couleur p.35 (titré Suzanne et les Anciens)
B. Ranson Bitker, G. Genty, Paul Ranson 1861-1909, Catalogue raisonné, Japonisme, Symbolisme, Art Nouveau, Somogy, Éditions d’Art, Paris, 1999, n°54, reproduit en couleur p.104
Paul Ranson 1861-1909, catalogue d'exposition, Musée de Valence, juin-octobre 2004, Somogy Editions d'Art, Paris, n°35, reproduit p.42
Encaustic on canvas; signed lower right; signed again and dated on the reverse; 25 5/8 x 21 1/8 in.
En mars 1892, Paul-Élie Ranson expose huit œuvres majeures lors de la VIIIe Exposition des Artistes indépendants.
Aux côtés de L’Initiation à la musique (1889) et Le Nabi (1890) figurent les toiles réalisées en 1891 : notre tableau, présenté sous le titre de Schouchana (janvier), Kentron ou L’Aiguillon de la chair (avril), Lustral (mai) (fig. 3), La Sibylle ou L’Égyptienne (juin), Rochers en Eskual Heria (novembre).
Cette année-là, les thèmes abordés par Ranson sont successivement ceux du voyeurisme (Schouchana), de la sensualité (Chambre bleue (fig. 4) et Lustral), du fantasme et de l’érotisme (Kentron ou l’Aiguillon de la chair), de la purification (Baigneuse et Lustral), du questionnement de l’existence et de l’ésotérisme (Horoscope et Sibylle).
L’année 1891 est une période d’intense activité pour Ranson qui poursuit ses recherches de simplification des formes. Schouchana est le premier tableau de cette série, daté au verso du mois de janvier. Les œuvres exécutées cette année-là forment une certaine unité autour du thème du corps féminin, représenté dans un savant mélange d’érotisme et de retenue. Ces compositions se caractérisent par un graphisme assuré et épuré, des aplats de couleurs vives, un coloris dominé par le bleu et le vert pour les fonds et un ton orangé pour les figures féminines dénudées. Ranson reprend tout au long de l’année 1891 le canon élaboré pour Schouchana, celui d’une femme aux cheveux noirs, à la chair orangée traitée en aplat, dont les contours sont cernés d’un trait noir.
Dans le livret de l’exposition de 1892, le tableau est intitulé « Schouchana », un mot hébreu – tout comme celui de « nabi » – gravé sur le fronton de la fontaine, à droite de la composition.
C’est le seul tableau religieux présenté à cette occasion et l’un des premiers exemples d’iconographie traditionnelle chez Ranson. L’épisode, relaté dans le Livre de Daniel (chapitre XIII), raconte l’histoire de la chaste Suzanne, convoitée par deux vieillards qui l’observent à son insu prendre son bain dans son jardin à Babylone. Ayant repoussé leurs avances, elle est accusée à tort d’adultère et condamnée à mort. Le jeune prophète Daniel rétablit la vérité et prouve son innocence.
Le sujet de Suzanne et les vieillards, traité à de nombreuses reprises dans la peinture occidentale depuis la Renaissance, mêle chez Ranson des références classiques à ses recherches esthétiques influencées par le japonisme et l’art de Gauguin.
Le canon de Schouchana n’est pas étranger à celui des Vénus antiques et peut évoquer celui de La Source d’Ingres (Paris, musée d’Orsay) (fig. 1) ; il convient également de rappeler ce que Ranson doit à la Suzanne au bain du Tintoret (Paris, musée du Louvre) (fig. 2).
La composition est centrée autour de la figure dénudée de Suzanne qui s’apprête à entrer dans son bain, tenant ses longs cheveux.
La jeune femme évolue dans un jardin, protégée d’un claustra qui délimite l’espace. Ce champ clos constitue une barrière à la fois spatiale et symbolique, mettant à distance les vieillards-voyeurs et soulignant l’opposition entre désir et chasteté. Ranson traite sa composition en aplats de couleurs vives, la figure orange de Suzanne est cernée de noir dont les ondulations du corps sont légèrement marquées au trait, comme une réserve symbole de pudeur. La couleur orangée de sa chair fait écho à celle des visages des deux hommes, un ton chaud contrastant avec les tonalités froides de l’arrière-plan.
Ce traitement nouveau au graphisme épuré doit être associé à l’intérêt de Ranson pour la vogue du japonisme. Lors de l’exposition d’estampes japonaises organisée par l’École des Beaux-Arts de Paris au cours de l’été 1890, il découvre les compositions en arabesques et en aplats d’Hokusaï ou d’Utamaro dans la revue Le Japon artistique
(1888-1891). Cette recherche esthétique lui vaut le surnom de « Nabi plus japonard que le Nabi japonard »1. Le motif de la plante aux larges feuilles, représentée aux côtés de Suzanne, pourrait évoquer un philodendron ou un aralia du Japon observé dans les serres du Jardin des Plantes ou lors de l’Exposition Universelle de 1889. Outre le japonisme, l’influence de Gauguin transparaît à travers le fractionnement de l’espace en différentes plages de couleurs, comme dans sa Vision après le sermon (1888) présentée à l’Exposition Universelle. Ranson applique ces idées synthétiques dans sa manière de simplifier les sujets, d’aplanir les formes et de restreindre les couleurs de sa palette à une combinaison audacieuse. Les recherches esthétiques du peintre vers plus de pureté et de synthèse le conduisent à créer une « forme d’art toute spéciale, et objective autant que décorative »2, qui trouve pleinement son expression dans Schouchana.
1. Ce surnom est donné par ses amis, le Nabi japonard étant Pierre Bonnard.
2. Thiébaut-Sisson, préface du catalogue la vente après-décès de Paul-Élie Ranson, 7 juin 1909, p. 4.
Fig. 1 : Jean-Auguste-Dominique Ingres, La Source, 1856, huile sur toile, Musée d’Orsay, Paris
Fig. 2 : Le Tintoret, Suzanne au bain, 1550, huile sur toile, Musée du Louvre, Paris
Fig. 3 : Paul-Élie Ranson, Lustral, 1891, Tempera sur toile, Musée d’Orsay, Paris
Fig. 4 : Paul-Élie Ranson, La Chambre bleue, 1900, huile sur toile
Paul-Élie RANSON
65 x 53.7 cm
In March of 1892, Paul-Élie Ranson exhibited eight major works at the VIII Exposition des Artistes Indépendants. Next to L’Initiation à la Musique (1889) and Le Nabi (1890) hung canvases executed in 1891: our painting, presented with the title Schouchana (January), Kentron or L’Aiguillon de la Chair (April), Lustral (May) (ill. 3), La Sibylle or L’Egyptienne (June), Rochers en Eskual Heria (November).
That year, the themes explored by Ranson were, in turn, voyeurism (Schouchana), sensuality (Chambre Bleue (ill. 4) and Lustral), fantasy and eroticism (Kentron or
L’Aiguillon de la Chair), purification (Baigneuse and Lustral), and the questioning of existence and esotericism (Horoscope and Sibylle).
The year 1891 was a period of intense activity for Ranson, who continued his exploration of simplified forms. Schouchana is the first painting in this series, dated January on the reverse. The works produced that year form a certain unity around the theme of the female body, depicted in a skilful blend of eroticism and restraint.
These works are characterized by a confident, pared-down style, blocks of bright colour, a palette dominated by blue and green for the backgrounds, and an orange hue for the nude female figures.
Throughout 1891, Ranson continued to use the model he had developed for Schouchana – that of a woman with black hair and orange-toned skin rendered in flat colours, whose contours are outlined in black.
In the booklet accompanying the 1892 exhibition, the painting is titled “Schouchana”, a word in Hebrew (just like the word ‘nabi’) that can be seen engraved on the pediment of the fountain to the right of the composition. It is the only religious painting exhibited on that occasion and one of the earliest examples of traditional iconography in Ranson’s work.
The episode, recounted in the Book of Daniel (Chapter XIII), tells the story of the chaste Susanna, coveted by two old men who, unbeknownst to her, are watching her bathing in her garden in Babylon. Angry with Susanna for having rejected their advances, they falsely accuse her of adultery and she is sentenced to death. It is the young prophet Daniel who saves her by restoring the truth and proving her innocence.
The subject of Susanna and the Elders, a theme frequently found in Western painting since the Renaissance, here becomes a blend of classical references and Ranson’s own aesthetic explorations, influenced by Japonism and the art of Gauguin. The figure of Schouchana as an ideal does not differ greatly from that of the Venus of antiquity and even evokes the figure in Ingres’s La Source (Paris, Musée d’Orsay) (ill. 1); it is also worth noting how much Ranson owes to Tintoretto’s Susanna au Bain (Paris, Musée du Louvre) (ill. 2). The composition centres on the nude figure of Susanna, who is about to step into her bath, holding up her long hair. The young woman moves within a garden, sheltered by a trellis that defines the space. This enclosure constitutes a physical and a symbolic barrier, keeping the elderly voyeurs at a distance and emphasising the opposition of desire and chastity.
Ranson treats his composition with flat areas of bright colour; the orange figure of Suzanne is outlined in black, with the contours of her body lightly traced, as if to suggest a veil of modesty. The orange hue of her skin echoes that of the faces of the two men, a warm tone contrasting with the cooler one of the background.
This bold new style, with its clean, minimalist lines, should be seen in the context of Ranson’s interest in the vogue of Japonism. During the exhibition of Japanese prints organised by the École des Beaux- Arts in Paris in the summer of 1890, he discovered the arabesque and flat-colour compositions of Hokusai or that of Utamaro in the review Le Japon Artistique (1888–1891).
This aesthetic pursuit earned him the title of “Nabi plus japonard que le Nabi japonard”1 (the Nabi more Japanese than the Japanese Nabi) the “Nabi très Japonard” being the nickname given by Félix Fénéon to the other Nabi, Pierre Bonnard.
The plant with large leaves, depicted beside Suzanna, might evoke a philodendron or a Japanese aralia observed in the greenhouses of the Jardin des Plantes or at the 1889 Exposition Universelle. Other than Japonism, the influence of Gauguin on Ranson can be seen in the fracturing of space into different planes of colour, as in Gauguin’s Vision Après le Sermon (1888). Ranson applies these ideas inherent to Synthetism in the way he simplifies his subjects, flattens forms and reduces his colour palette to a bold combination.
The painter’s aesthetic quest for greater purity and synthesis led him to create a “very special art form, as objective as it is decorative”2, which finds its full expression in Schouchana.
1. Ce surnom est donné par ses amis, le Nabi japonard étant Pierre Bonnard.
2. Thiébaut-Sisson, préface du catalogue la vente après-décès de Paul-Élie Ranson, 7 juin 1909, p. 4.
Fig. 1 : Jean-Auguste-Dominique Ingres, La Source, 1856, huile sur toile, Musée d’Orsay, Paris
Fig. 2 : Le Tintoret, Suzanne au bain, 1550, huile sur toile, Musée du Louvre, Paris
Fig. 3 : Paul-Élie Ranson, Lustral, 1891, Tempera sur toile, Musée d’Orsay, Paris
Fig. 4 : Paul-Élie Ranson, La Chambre bleue, 1900, huile sur toile
Schouchana ou Suzanne ou Suzanne et les vieillards - 1891
Encaustique sur toile
Signée en bas à droite "P.Ranson", contresigné et daté au dos "P.Ranson/Janvier-1891"
65 x 53.7 cm
Provenance : Atelier de l’artiste
Collection de France Ranson (1866-1952), veuve de l'artiste, France (par succession)
Collection particulière, France (par descendance)
Collection Samuel Josefowitz (1921-2015), Pully (probablement acquis dans les années 1960)
Collection de sa fille Nina Myran-Josefowitz (en 1999)
Vente Paris, Christie’s, Collection Sam Josefowitz, 20 octobre 2023, lot 105
Acquis lors de cette vente par l'actuel propriétaire
Collection Louis Grandchamp des Raux
Expositions : Paris, Pavillon de la Ville de Paris, Société des Artistes Indépendants, 8ème exposition, mars-avril 1892, n°972, p.59
Minneapolis, The Minneapolis Institute of Arts, The Nabis and their Circle, novembre-décembre 1962, p.144
Saint-Germain-en-Laye, Musée Départemental Maurice Denis « Le Prieuré », Paul Élie Ranson, Du Symbolisme à l’Art Nouveau, octobre 1997-janvier 1998, n°14, reproduit en couleur p.63
Toronto, dépôt à The Art Gallery of Ontario, septembre 1990-juillet 2003
Saint-Germain-en-Laye, Musée Maurice Denis, Pont-Aven, Musée de Pont-Aven, Paul Ranson, Fantasmes & Sortilèges, octobre 2009-janvier 2010, n°54, reproduit en couleur p.92
Barcelone, Fundacio Catalunya La Pedrera, Les Nabis de Bonnard à Vuillard, mars-juin 2026, p.237, reproduit en couleur p.192
Varsovie, Royal ?azienki Museum, The Nabis – Prophets of a New Art, juillet-septembre 2026
Bibliographie : C. Boyle-Turner, Les Nabis, Édita SA, Lausanne, 1993, p.34, reproduit en couleur p.35 (titré Suzanne et les Anciens)
B. Ranson Bitker, G. Genty, Paul Ranson 1861-1909, Catalogue raisonné, Japonisme, Symbolisme, Art Nouveau, Somogy, Éditions d’Art, Paris, 1999, n°54, reproduit en couleur p.104
Paul Ranson 1861-1909, catalogue d'exposition, Musée de Valence, juin-octobre 2004, Somogy Editions d'Art, Paris, n°35, reproduit p.42
Encaustic on canvas; signed lower right; signed again and dated on the reverse; 25 5/8 x 21 1/8 in.
En mars 1892, Paul-Élie Ranson expose huit œuvres majeures lors de la VIIIe Exposition des Artistes indépendants.
Aux côtés de L’Initiation à la musique (1889) et Le Nabi (1890) figurent les toiles réalisées en 1891 : notre tableau, présenté sous le titre de Schouchana (janvier), Kentron ou L’Aiguillon de la chair (avril), Lustral (mai) (fig. 3), La Sibylle ou L’Égyptienne (juin), Rochers en Eskual Heria (novembre).
Cette année-là, les thèmes abordés par Ranson sont successivement ceux du voyeurisme (Schouchana), de la sensualité (Chambre bleue (fig. 4) et Lustral), du fantasme et de l’érotisme (Kentron ou l’Aiguillon de la chair), de la purification (Baigneuse et Lustral), du questionnement de l’existence et de l’ésotérisme (Horoscope et Sibylle).
L’année 1891 est une période d’intense activité pour Ranson qui poursuit ses recherches de simplification des formes. Schouchana est le premier tableau de cette série, daté au verso du mois de janvier. Les œuvres exécutées cette année-là forment une certaine unité autour du thème du corps féminin, représenté dans un savant mélange d’érotisme et de retenue. Ces compositions se caractérisent par un graphisme assuré et épuré, des aplats de couleurs vives, un coloris dominé par le bleu et le vert pour les fonds et un ton orangé pour les figures féminines dénudées. Ranson reprend tout au long de l’année 1891 le canon élaboré pour Schouchana, celui d’une femme aux cheveux noirs, à la chair orangée traitée en aplat, dont les contours sont cernés d’un trait noir.
Dans le livret de l’exposition de 1892, le tableau est intitulé « Schouchana », un mot hébreu – tout comme celui de « nabi » – gravé sur le fronton de la fontaine, à droite de la composition.
C’est le seul tableau religieux présenté à cette occasion et l’un des premiers exemples d’iconographie traditionnelle chez Ranson. L’épisode, relaté dans le Livre de Daniel (chapitre XIII), raconte l’histoire de la chaste Suzanne, convoitée par deux vieillards qui l’observent à son insu prendre son bain dans son jardin à Babylone. Ayant repoussé leurs avances, elle est accusée à tort d’adultère et condamnée à mort. Le jeune prophète Daniel rétablit la vérité et prouve son innocence.
Le sujet de Suzanne et les vieillards, traité à de nombreuses reprises dans la peinture occidentale depuis la Renaissance, mêle chez Ranson des références classiques à ses recherches esthétiques influencées par le japonisme et l’art de Gauguin.
Le canon de Schouchana n’est pas étranger à celui des Vénus antiques et peut évoquer celui de La Source d’Ingres (Paris, musée d’Orsay) (fig. 1) ; il convient également de rappeler ce que Ranson doit à la Suzanne au bain du Tintoret (Paris, musée du Louvre) (fig. 2).
La composition est centrée autour de la figure dénudée de Suzanne qui s’apprête à entrer dans son bain, tenant ses longs cheveux.
La jeune femme évolue dans un jardin, protégée d’un claustra qui délimite l’espace. Ce champ clos constitue une barrière à la fois spatiale et symbolique, mettant à distance les vieillards-voyeurs et soulignant l’opposition entre désir et chasteté. Ranson traite sa composition en aplats de couleurs vives, la figure orange de Suzanne est cernée de noir dont les ondulations du corps sont légèrement marquées au trait, comme une réserve symbole de pudeur. La couleur orangée de sa chair fait écho à celle des visages des deux hommes, un ton chaud contrastant avec les tonalités froides de l’arrière-plan.
Ce traitement nouveau au graphisme épuré doit être associé à l’intérêt de Ranson pour la vogue du japonisme. Lors de l’exposition d’estampes japonaises organisée par l’École des Beaux-Arts de Paris au cours de l’été 1890, il découvre les compositions en arabesques et en aplats d’Hokusaï ou d’Utamaro dans la revue Le Japon artistique
(1888-1891). Cette recherche esthétique lui vaut le surnom de « Nabi plus japonard que le Nabi japonard »1. Le motif de la plante aux larges feuilles, représentée aux côtés de Suzanne, pourrait évoquer un philodendron ou un aralia du Japon observé dans les serres du Jardin des Plantes ou lors de l’Exposition Universelle de 1889. Outre le japonisme, l’influence de Gauguin transparaît à travers le fractionnement de l’espace en différentes plages de couleurs, comme dans sa Vision après le sermon (1888) présentée à l’Exposition Universelle. Ranson applique ces idées synthétiques dans sa manière de simplifier les sujets, d’aplanir les formes et de restreindre les couleurs de sa palette à une combinaison audacieuse. Les recherches esthétiques du peintre vers plus de pureté et de synthèse le conduisent à créer une « forme d’art toute spéciale, et objective autant que décorative »2, qui trouve pleinement son expression dans Schouchana.
1. Ce surnom est donné par ses amis, le Nabi japonard étant Pierre Bonnard.
2. Thiébaut-Sisson, préface du catalogue la vente après-décès de Paul-Élie Ranson, 7 juin 1909, p. 4.
Fig. 1 : Jean-Auguste-Dominique Ingres, La Source, 1856, huile sur toile, Musée d’Orsay, Paris
Fig. 2 : Le Tintoret, Suzanne au bain, 1550, huile sur toile, Musée du Louvre, Paris
Fig. 3 : Paul-Élie Ranson, Lustral, 1891, Tempera sur toile, Musée d’Orsay, Paris
Fig. 4 : Paul-Élie Ranson, La Chambre bleue, 1900, huile sur toile
Paul-Élie RANSON
65 x 53.7 cm
In March of 1892, Paul-Élie Ranson exhibited eight major works at the VIII Exposition des Artistes Indépendants. Next to L’Initiation à la Musique (1889) and Le Nabi (1890) hung canvases executed in 1891: our painting, presented with the title Schouchana (January), Kentron or L’Aiguillon de la Chair (April), Lustral (May) (ill. 3), La Sibylle or L’Egyptienne (June), Rochers en Eskual Heria (November).
That year, the themes explored by Ranson were, in turn, voyeurism (Schouchana), sensuality (Chambre Bleue (ill. 4) and Lustral), fantasy and eroticism (Kentron or
L’Aiguillon de la Chair), purification (Baigneuse and Lustral), and the questioning of existence and esotericism (Horoscope and Sibylle).
The year 1891 was a period of intense activity for Ranson, who continued his exploration of simplified forms. Schouchana is the first painting in this series, dated January on the reverse. The works produced that year form a certain unity around the theme of the female body, depicted in a skilful blend of eroticism and restraint.
These works are characterized by a confident, pared-down style, blocks of bright colour, a palette dominated by blue and green for the backgrounds, and an orange hue for the nude female figures.
Throughout 1891, Ranson continued to use the model he had developed for Schouchana – that of a woman with black hair and orange-toned skin rendered in flat colours, whose contours are outlined in black.
In the booklet accompanying the 1892 exhibition, the painting is titled “Schouchana”, a word in Hebrew (just like the word ‘nabi’) that can be seen engraved on the pediment of the fountain to the right of the composition. It is the only religious painting exhibited on that occasion and one of the earliest examples of traditional iconography in Ranson’s work.
The episode, recounted in the Book of Daniel (Chapter XIII), tells the story of the chaste Susanna, coveted by two old men who, unbeknownst to her, are watching her bathing in her garden in Babylon. Angry with Susanna for having rejected their advances, they falsely accuse her of adultery and she is sentenced to death. It is the young prophet Daniel who saves her by restoring the truth and proving her innocence.
The subject of Susanna and the Elders, a theme frequently found in Western painting since the Renaissance, here becomes a blend of classical references and Ranson’s own aesthetic explorations, influenced by Japonism and the art of Gauguin. The figure of Schouchana as an ideal does not differ greatly from that of the Venus of antiquity and even evokes the figure in Ingres’s La Source (Paris, Musée d’Orsay) (ill. 1); it is also worth noting how much Ranson owes to Tintoretto’s Susanna au Bain (Paris, Musée du Louvre) (ill. 2). The composition centres on the nude figure of Susanna, who is about to step into her bath, holding up her long hair. The young woman moves within a garden, sheltered by a trellis that defines the space. This enclosure constitutes a physical and a symbolic barrier, keeping the elderly voyeurs at a distance and emphasising the opposition of desire and chastity.
Ranson treats his composition with flat areas of bright colour; the orange figure of Suzanne is outlined in black, with the contours of her body lightly traced, as if to suggest a veil of modesty. The orange hue of her skin echoes that of the faces of the two men, a warm tone contrasting with the cooler one of the background.
This bold new style, with its clean, minimalist lines, should be seen in the context of Ranson’s interest in the vogue of Japonism. During the exhibition of Japanese prints organised by the École des Beaux- Arts in Paris in the summer of 1890, he discovered the arabesque and flat-colour compositions of Hokusai or that of Utamaro in the review Le Japon Artistique (1888–1891).
This aesthetic pursuit earned him the title of “Nabi plus japonard que le Nabi japonard”1 (the Nabi more Japanese than the Japanese Nabi) the “Nabi très Japonard” being the nickname given by Félix Fénéon to the other Nabi, Pierre Bonnard.
The plant with large leaves, depicted beside Suzanna, might evoke a philodendron or a Japanese aralia observed in the greenhouses of the Jardin des Plantes or at the 1889 Exposition Universelle. Other than Japonism, the influence of Gauguin on Ranson can be seen in the fracturing of space into different planes of colour, as in Gauguin’s Vision Après le Sermon (1888). Ranson applies these ideas inherent to Synthetism in the way he simplifies his subjects, flattens forms and reduces his colour palette to a bold combination.
The painter’s aesthetic quest for greater purity and synthesis led him to create a “very special art form, as objective as it is decorative”2, which finds its full expression in Schouchana.
1. Ce surnom est donné par ses amis, le Nabi japonard étant Pierre Bonnard.
2. Thiébaut-Sisson, préface du catalogue la vente après-décès de Paul-Élie Ranson, 7 juin 1909, p. 4.
Fig. 1 : Jean-Auguste-Dominique Ingres, La Source, 1856, huile sur toile, Musée d’Orsay, Paris
Fig. 2 : Le Tintoret, Suzanne au bain, 1550, huile sur toile, Musée du Louvre, Paris
Fig. 3 : Paul-Élie Ranson, Lustral, 1891, Tempera sur toile, Musée d’Orsay, Paris
Fig. 4 : Paul-Élie Ranson, La Chambre bleue, 1900, huile sur toile
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Oct 24, 2026, 10:00 AM EDTParis, IDF, France
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