Etude pour 'La Défiance' - 1897
Huile sur traits de crayon sur toile
Monogrammé au revers sur le châssis «FK» (entrelacés)
19 x 24 cm
Provenance : Atelier de l'artiste
Collection Marguerite Freson-Khnopff, sœur de l’artiste, Liège
Collection Thibaut de Maisières, Seneffe, selon une étiquette au verso
Galerie HK fine paintings, Bruxelles
Acquis auprès de cette dernière par l'actuel propriétaire le 11 janvier 2018
Collection Louis Grandchamp des Raux
Expositions : Namur, Musée Félicien Rops, Impressions symbolistes – Edmond Deman, éditeur d’art, janvier – mai 2011, n° 2, reproduit p. 58
Bibliographie : R. L. Delevoy, C. de Croës et G. Ollinger-Zinque, Fernand Khnopff, Catalogue de l’œuvre, Lebeer Hossmann Editions, Bruxelles, La Bibliothèque des arts, Paris, 2ème édition, 1987, n°287, reproduit p. 301-302
M. Draguet, Khnopff ou l’ambigu poétique, Gand, Snoeck-Ducaju & Zoon, 1995, n°198, reproduit p. 194
Oil and pencil on canvas; 7 1/2 x 9 1/2 in.
Figure de proue du symbolisme belge, Fernand Khnopff est un artiste énigmatique et singulier, doté d’une personnalité complexe. Peintre, dessinateur, graveur et sculpteur, il explore dans son œuvre les thématiques de la mélancolie, de l’introspection et de la fuite du réel. Ses visions oniriques et mystérieuses sont symptomatiques d’une société en pleine mutation et reflètent les interrogations d’une génération marquée par le doute.
Notre toile est une étude préparatoire pour La Défiance qui fut présentée pour la première fois au Salon de la Rose+Croix à Paris l’année de sa création en 1897 (n° 85), puis à la Sécession viennoise l’année suivante (n° 223). L’œuvre est également exposée à deux reprises en 1899, à Termonde et à Bruxelles, avant d’être montrée à Berlin en 1900. Aujourd’hui disparue, elle est connue grâce à une photographie ancienne et deux études préparatoires : un dessin1 et notre toile, tous deux centrés sur l’encadrement du visage dans le champ de l’image. Le visage constitue une allégorie de la Défiance. Il surmonte un objet circulaire, ici parcellaire, mais entièrement visible dans l’œuvre finale. Chez Fernand Khnopff, le cercle est conçu comme un instrument de contemplation : l’artiste puisait souvent son inspiration en se plaçant au milieu du rond magique tracé à même le sol de son atelier qu’il considère comme un « temple du Moi ». Toutefois, associé au thème de la défiance, ce motif peut aussi évoquer un bouclier, symbole de protection.
Le travail de Fernand Khnopff autour du portrait constitue un pan connu et apprécié de son œuvre. L’artiste s’inspire ici du modèle photographié par son ami Albert Édouard Drains, dit Alexandre, dont il emploie à diverses reprises les tirages photographiques en les rehaussant au crayon, à la craie ou à l’aquarelle afin de créer de nouvelles oeuvres2. Si Khnopff prend souvent pour modèle sa sœur Marguerite - qui d’ailleurs posséda cette toile et avec laquelle il noue une complicité singulière -, le visage représenté ici est celui de Lily Maquet, une jeune Anglaise dont la famille vivait à Bruxelles. Le cadrage choisi, coupé au-dessus des sourcils et au niveau du menton, porte l’attention sur le regard profond du modèle et sur ses lèvres closes. Le peintre semble chercher à sonder l’âme de cette femme dans un portrait énigmatique. Dans la version finale, les yeux de la figure affleurent le bord supérieur du cadre, tandis que le bouclier se place sous les lèvres, reprenant le cadrage resserré de l’étude. Ce bouclier, orné de signes indéchiffrables, confère à la figure un caractère symbolique dont le sens échappe au spectateur, invitant ainsi à une contemplation silencieuse et mystique. Michel Draguet y voit une image qui « se cristallise dans un temps suspendu détaché de toute action, mais riche de ses possibilités », « une figure, condamnée à l’immuabilité, [qui] apparaît recluse dans sa solitude idéale »3.
1. Fernand Khnopff, Etude pour la Défiance, crayon et pastel sur papier, H. 11 ; L. 27 cm, signé en bas à droite, Bruxelles, collection particulière (Robert L. Delevoy, Catherine de Croës et Gisèle Ollinger-Zinque, Fernand Khnopff, catalogue de l’œuvre, Bruxelles, Paris, 2ème édition, 1987, p. 286).
2. Plusieurs œuvres sont connues, voir par exemple : Paris, Christie’s, 23 octobre 2020, n° 144 et Paris, Artcurial, Collection Gérard Lévy, Rêveries Fin-de-Siècle, 11 février 2025, n° 7.
3. Michel Draguet, Khnopff ou l’ambigu poétique, Gand, Snoeck-Ducaju & Zoon, 1995, p. 195.
Fernand KHNOPFF (1858-1921)
19 x 24 cm
A leading figure of Belgian Symbolism, Fernand Khnopff was an enigmatic and unique artist with a complex personality. A painter, draughtsman, engraver and sculptor, his work explores themes of melancholy, introspection and the escape from reality. His dreamlike and mysterious visions are symptomatic of a society undergoing profound change and reflect the questions of a generation marked by doubt.
Our canvas is a preparatory study for La Défiance, which was exhibited for the first time at the Salon de la Rose-Croix in Paris the year it was painted in 1897 (N°85), then at the Vienna Secession the following year (N°223). The work was also exhibited twice in 1899, in Termonde and in Brussels. Today considered lost, the painting is known thanks to an old photograph and two preparatory studies: a drawing1 and the present work, both focused on the framing of the face within the composition. The face itself serves as an allegory of defiance. It sits atop a circular object, which here appears fragmented but which is fully visible in the final work. For Fernand Khnopff, the circle was an instrument of contemplation: the artist often found inspiration by standing in the centre of the magic circle he had drawn directly on the floor of the studio in his house, a place known as the “Temple de Moi”.
However, when associated with the theme of defiance, this same image can also evoke a shield, a symbol of protection.
Fernand Khnopff’s work in the field of portraiture constitutes a well-known and much-appreciated aspect of his oeuvre. Here, the artist draws inspiration from a model photographed by his friend Albert Édouard Drains, known as Alexandre, whose photographic prints he used on several occasions, heightening them with pencil, chalk or watercolour to create new works2. Although Khnopff often used his sister Marguerite as a model – who, incidentally, owned this painting and with whom he shared a unique bond – the face depicted here is that of Lily Maquet, a young Englishwoman whose family lived in Brussels. The way in which it is framed, cropped above the eyebrows and at the chin, draws attention to the model’s deep gaze and her closed mouth.
In this enigmatic portrait, the painter seems to be exploring her very soul. In the final version, the figure’s eyes are just below the top edge of the frame, whilst the shield is positioned beneath her lips, echoing the tight framing found in the study. This shield, adorned with indecipherable symbols, lends the figure a symbolic quality whose meaning eludes the viewer, inviting silent and mystical contemplation. Michel Draguet sees in it an image that “crystallises in a suspended moment detached from all action, yet rich in possibilities”, “a figure, condemned never to change, [who] appears sequestered in her ideal solitude”3.
1. Fernand Khnopff, Etude pour la Défiance, pencil and pastel on paper, 11 x 27 cm, signed bottom right, Brussels, private collection (Robert L. Delevoy, Catherine de Croës et Gisèle Ollinger-Zinque, Fernand Khnopff, catalogue de l’œuvre, Bruxelles, Paris, 2nd edition, 1987, n° 286).
2. Several such works are known, see : sale Paris, Christie’s, 23 October 2020, lot 144 and sale Paris, Artcurial, Collection Gérard Lévy, Rêveries Fin-de-Siècle, 11 February 2025, n° 7.
3. Michel Draguet, Khnopff ou l’ambigu poétique, Ghent, Snoeck-Ducaju & Zoon, 1995, p. 195.























