Description
Berthe MORISOT
La Roche Plate au Portrieux - 1894
Huile sur toile
41 x 33 cm
Provenance : Atelier de l’artiste
Collection de sa fille Julie Manet (1878-1966), épouse d’Ernest Rouart (selon une étiquette au dos)
Vente Paris, Beaussant Lefèvre & associés, 3 juin 2022, lot 10
Acquis lors de cette vente par l'actuel propriétaire
Collection Louis Grandchamp des Raux
Expositions : Paris, Galerie Durand-Ruel, Berthe Morisot (Madame Eugène Manet), avec portrait photogravé d’après Édouard Manet, Préface par Stéphane Mallarmé, Exposition de son œuvre, mars 1896, n°138 p.26
Paris, Galerie Bernheim-Jeune, Exposition d'œuvres de Berthe Morisot : au profit des « Amis du Luxembourg », mai 1929, n°101 (selon une étiquette au dos)
Paris, Musée de l’Orangerie, Berthe Morisot (1841-1895), Eté 1941, préface de Paul Valéry, n°114 p.24 (selon une étiquette au dos)
Paris, Musée Jacquemart-André, Berthe Morisot, 1961, n°99 (selon une étiquette au dos)
Vevey, Musée Jenisch, Berthe Morisot, juin-septembre 1961, n° 82
Turin, Galleria Civica d’Arte Moderna e Contemporanea, Berthe Morisot, octobre 2024 - mars 2025, n°39, reproduit p.132-133
Bibliographie : M. Angoulvent, Berthe Morisot, Editions Albert Morancé, Paris, 1933, n°615 p.149 (titrée Jeannie et Julie au Portrieux, dans le jardin de la Roche Plate (1894))
M.-L. Bataille, G. Wildenstein, Berthe Morisot, Catalogue des peintures, pastels et aquarelles, Les Beaux-Arts, Collection l'Art Français, Paris, 1961, n°392 p.49, reproduit en noir et blanc fig.382
A. Clairet, D. Montalant et Y. Rouart, Berthe Morisot 1841-1895 - Catalogue Raisonné de l'œuvre peint, Collection Le Catalogue -CÉRA-nrs éditions, Montolivet, 1997, n° 397 reproduit en noir et blanc p.307
La Gazette Drouot, n° 18, 6 mai 2022, reproduit en couleur p.21
La Gazette Drouot, n° 21, 27 mai 2022, reproduit en couleur p.44
Oil on canvas; 16 1/8 x 13 in.
Dans une lettre adressée à Stéphane Mallarmé, Berthe Morisot raconte que c’est en voyant des affiches pour la Bretagne à la gare Saint-Lazare, qu’elle décide de renouer avec ses souvenirs d’enfance et d’y passer des vacances à la fin de l’été 1894.
Elle loue alors La Roche plate à Saint- Quay-Portrieux, dans la baie de Saint-Brieuc, une vaste maison où elle s’installe avec sa fille Julie et ses nièces Paule et Jeannie. Dans cette lettre invitant Mallarmé à la rejoindre, elle explique les raisons du choix de cette villégiature : « Nous avons décidé d’aller en Bretagne simplement en regardant les petites affiches dans la salle d’attente de la gare Saint-Lazare… Mes nièces sont avec moi ; nous nous promenons sur le rivage, dans la campagne ouverte, et tout serait charmant si l’endroit n’était pas si joli, m’invitant sans cesse à le peindre1 ». Elle invite également Pierre-Auguste Renoir à venir lui rendre visite, mais celui-ci ne peut accepter l’invitation ; il l’encourage avec bienveillance : « Rapportez quelques-unes de ces jolies vues de mer, si belles en Bretagne, avec cette eau claire jusqu’au rivage, et vos Julies en blanc sur fond d’îles dorées ». Avant elle, Eugène Boudin avait déjà posé son chevalet sur cette plage en 1868, puis Paul Signac vingt ans plus tard. Berthe Morisot (fig. 1), pour sa part, peint des vues de la baie et de la campagne animées par des modèles arborant la coiffe bretonne, des portraits de jeunes Bretonnes, et des vues du jardin de sa maison. Cette œuvre s’inscrit dans une petite série de toiles peintes à Portrieux qui lui permettent de renouer avec le motif du jardin. Dans cette vue de La Roche Plate, deux jeunes femmes portant de larges coiffes bretonnes, comme dans La Falaise au Portrieux2 (fig. 2), sont en train de discuter au milieu d’un chemin. Il s’agirait de sa nièce Jeannie et de sa fille Julie selon Monique Angoulvent. Derrière elles, se détache la maison dont la toiture émerge du jardin fleuri. Cette végétation opulente offre un écrin naturel à cette conversation et un sujet d’une grande richesse chromatique. Peinte un an avant le décès de l’artiste, cette œuvre traduit sa dernière manière. La touche impressionniste allongée et très enlevée contraste avec la vigueur de ses premières toiles. Elle témoigne d’une pratique désormais nourrie par le dessin et la recherche d’une harmonie subtile entre ligne et couleur. L’influence de Renoir, avec qui Morisot s’était particulièrement liée au cours de la dernière décennie de sa vie, se manifeste également dans cette œuvre dans la douceur des contours et la sensualité lumineuse de la matière. Conservée par sa fille unique Julie Manet, l’œuvre constituait pour elle un précieux témoignage des dernières années de vie de sa mère et ravivait le souvenir heureux de ce séjour breton (fig. 3).
1. Lettre de Berthe Morisot à Stéphane Mallarmé, 1894, citée dans Mallarmé - Morisot : correspondance 1876-1895, Lettres réunies et annotées par Olivier Daulte et Manuel Dupertuis, Lausanne, La Bibliothèque des Arts, 1995.
2. Vente Londres, Christie’s, 25 juin 1998, lot n° 150 ou vente New York, Sotheby’s, 3 novembre 2011, lot n° 216.
Fig. 1 : Berthe Morisot, Autoportrait, 1885, huile sur toile, Paris, Musée Marmottan Monet
Fig. 2 : Berthe Morisot, Sur la falaise au Portrieux, 1894, huile sur toile, collection particulière
Fig. 3 : Berthe Morisot, Sur la plage à Portrieux, 1894, huile sur toile
Berthe MORISOT
41 x 33 cm
In a letter addressed to Stéphane Mallarmé, Berthe Morisot wrote that it was in seeing posters for Brittany at the Gare Saint-Lazare that she decided to revisit her childhood memories and spend her vacation there at the end of the summer of 1894.
She rented “La Roche Plate” in Saint-Quay-Portrieux, in the Bay of Saint-Brieuc, a sprawling house where she settled with her daughter Julie and her nieces Paule and Jeannie. In this letter inviting Mallarmé to join her, she explains why she chose this holiday destination: “we decided to go to Brittany simply by looking at the little posters in the waiting room at the Gare Saint-Lazare… My nieces are with me; we walk along the shore, in the open countryside, and everything would be delightful if not for the fact that this place is so pretty, constantly inviting me to paint it 1.” She also invites Pierre-Auguste Renoir to come and visit her, but he is unable to accept the invitation.
He encourages her to: “Bring back some of those lovely views of the sea, so beautiful in Brittany, with that clear water right up to the shore, and your Julies in white against a backdrop of golden islands.” Well before her, Eugène Boudin had already placed his easel on that same beach in 1868, as Paul Signac would do twenty years later. As for Berthe Morisot (ill. 1), she painted views of the bay and the countryside animated by figures wearing the Breton headdress, portraits of young Breton girls and views of the garden.
The present work belongs to a small series of canvases painted at Portrieux, which allowed her to return to the subject of the garden. In this view of La Roche Plate, two young women wearing large Breton headdresses, as in La Falaise au Portrieux2 (ill. 2) are chatting in the middle of a pathway. According to Monique Angoulvent, it would appear to be Morisot’s niece Jeannie and her daughter Julie. Standing out behind them is the house whose roof emerges from a flower-filled garden. The opulent vegetation provides both a natural backdrop for this conversation and a subject rich in colour. Painted one year before the artist’s death, this work expresses her late style where the elongated impressionist brushstroke is particularly vigorous and free. The painting demonstrates a manner of working now enriched by drawing and the pursuit of a subtle harmony between line and colour. The influence of Renoir, with whom Morisot was particularly close during the last decade of her life, is also evident in this work in the softness of the contours and the luminous sensuality of the paint. Kept by her only daughter, Julie Manet, the work was for her a precious memento of her mother’s final years and brought back happy memories of that stay in Brittany (ill. 3).
1. Lettre de Berthe Morisot à Stéphane Mallarmé, 1894, citée dans Mallarmé - Morisot : correspondance 1876-1895, Lettres réunies et annotées par Olivier Daulte et Manuel Dupertuis, Lausanne, La Bibliothèque des Arts, 1995.
2. Vente Londres, Christie’s, 25 juin 1998, lot n° 150 ou vente New York, Sotheby’s, 3 novembre 2011, lot n° 216.
Fig. 1 : Berthe Morisot, Autoportrait, 1885, huile sur toile, Paris, Musée Marmottan Monet
Fig. 2 : Berthe Morisot, Sur la falaise au Portrieux, 1894, huile sur toile, collection particulière
Fig. 3 : Berthe Morisot, Sur la plage à Portrieux, 1894, huile sur toile
La Roche Plate au Portrieux - 1894
Huile sur toile
41 x 33 cm
Provenance : Atelier de l’artiste
Collection de sa fille Julie Manet (1878-1966), épouse d’Ernest Rouart (selon une étiquette au dos)
Vente Paris, Beaussant Lefèvre & associés, 3 juin 2022, lot 10
Acquis lors de cette vente par l'actuel propriétaire
Collection Louis Grandchamp des Raux
Expositions : Paris, Galerie Durand-Ruel, Berthe Morisot (Madame Eugène Manet), avec portrait photogravé d’après Édouard Manet, Préface par Stéphane Mallarmé, Exposition de son œuvre, mars 1896, n°138 p.26
Paris, Galerie Bernheim-Jeune, Exposition d'œuvres de Berthe Morisot : au profit des « Amis du Luxembourg », mai 1929, n°101 (selon une étiquette au dos)
Paris, Musée de l’Orangerie, Berthe Morisot (1841-1895), Eté 1941, préface de Paul Valéry, n°114 p.24 (selon une étiquette au dos)
Paris, Musée Jacquemart-André, Berthe Morisot, 1961, n°99 (selon une étiquette au dos)
Vevey, Musée Jenisch, Berthe Morisot, juin-septembre 1961, n° 82
Turin, Galleria Civica d’Arte Moderna e Contemporanea, Berthe Morisot, octobre 2024 - mars 2025, n°39, reproduit p.132-133
Bibliographie : M. Angoulvent, Berthe Morisot, Editions Albert Morancé, Paris, 1933, n°615 p.149 (titrée Jeannie et Julie au Portrieux, dans le jardin de la Roche Plate (1894))
M.-L. Bataille, G. Wildenstein, Berthe Morisot, Catalogue des peintures, pastels et aquarelles, Les Beaux-Arts, Collection l'Art Français, Paris, 1961, n°392 p.49, reproduit en noir et blanc fig.382
A. Clairet, D. Montalant et Y. Rouart, Berthe Morisot 1841-1895 - Catalogue Raisonné de l'œuvre peint, Collection Le Catalogue -CÉRA-nrs éditions, Montolivet, 1997, n° 397 reproduit en noir et blanc p.307
La Gazette Drouot, n° 18, 6 mai 2022, reproduit en couleur p.21
La Gazette Drouot, n° 21, 27 mai 2022, reproduit en couleur p.44
Oil on canvas; 16 1/8 x 13 in.
Dans une lettre adressée à Stéphane Mallarmé, Berthe Morisot raconte que c’est en voyant des affiches pour la Bretagne à la gare Saint-Lazare, qu’elle décide de renouer avec ses souvenirs d’enfance et d’y passer des vacances à la fin de l’été 1894.
Elle loue alors La Roche plate à Saint- Quay-Portrieux, dans la baie de Saint-Brieuc, une vaste maison où elle s’installe avec sa fille Julie et ses nièces Paule et Jeannie. Dans cette lettre invitant Mallarmé à la rejoindre, elle explique les raisons du choix de cette villégiature : « Nous avons décidé d’aller en Bretagne simplement en regardant les petites affiches dans la salle d’attente de la gare Saint-Lazare… Mes nièces sont avec moi ; nous nous promenons sur le rivage, dans la campagne ouverte, et tout serait charmant si l’endroit n’était pas si joli, m’invitant sans cesse à le peindre1 ». Elle invite également Pierre-Auguste Renoir à venir lui rendre visite, mais celui-ci ne peut accepter l’invitation ; il l’encourage avec bienveillance : « Rapportez quelques-unes de ces jolies vues de mer, si belles en Bretagne, avec cette eau claire jusqu’au rivage, et vos Julies en blanc sur fond d’îles dorées ». Avant elle, Eugène Boudin avait déjà posé son chevalet sur cette plage en 1868, puis Paul Signac vingt ans plus tard. Berthe Morisot (fig. 1), pour sa part, peint des vues de la baie et de la campagne animées par des modèles arborant la coiffe bretonne, des portraits de jeunes Bretonnes, et des vues du jardin de sa maison. Cette œuvre s’inscrit dans une petite série de toiles peintes à Portrieux qui lui permettent de renouer avec le motif du jardin. Dans cette vue de La Roche Plate, deux jeunes femmes portant de larges coiffes bretonnes, comme dans La Falaise au Portrieux2 (fig. 2), sont en train de discuter au milieu d’un chemin. Il s’agirait de sa nièce Jeannie et de sa fille Julie selon Monique Angoulvent. Derrière elles, se détache la maison dont la toiture émerge du jardin fleuri. Cette végétation opulente offre un écrin naturel à cette conversation et un sujet d’une grande richesse chromatique. Peinte un an avant le décès de l’artiste, cette œuvre traduit sa dernière manière. La touche impressionniste allongée et très enlevée contraste avec la vigueur de ses premières toiles. Elle témoigne d’une pratique désormais nourrie par le dessin et la recherche d’une harmonie subtile entre ligne et couleur. L’influence de Renoir, avec qui Morisot s’était particulièrement liée au cours de la dernière décennie de sa vie, se manifeste également dans cette œuvre dans la douceur des contours et la sensualité lumineuse de la matière. Conservée par sa fille unique Julie Manet, l’œuvre constituait pour elle un précieux témoignage des dernières années de vie de sa mère et ravivait le souvenir heureux de ce séjour breton (fig. 3).
1. Lettre de Berthe Morisot à Stéphane Mallarmé, 1894, citée dans Mallarmé - Morisot : correspondance 1876-1895, Lettres réunies et annotées par Olivier Daulte et Manuel Dupertuis, Lausanne, La Bibliothèque des Arts, 1995.
2. Vente Londres, Christie’s, 25 juin 1998, lot n° 150 ou vente New York, Sotheby’s, 3 novembre 2011, lot n° 216.
Fig. 1 : Berthe Morisot, Autoportrait, 1885, huile sur toile, Paris, Musée Marmottan Monet
Fig. 2 : Berthe Morisot, Sur la falaise au Portrieux, 1894, huile sur toile, collection particulière
Fig. 3 : Berthe Morisot, Sur la plage à Portrieux, 1894, huile sur toile
Berthe MORISOT
41 x 33 cm
In a letter addressed to Stéphane Mallarmé, Berthe Morisot wrote that it was in seeing posters for Brittany at the Gare Saint-Lazare that she decided to revisit her childhood memories and spend her vacation there at the end of the summer of 1894.
She rented “La Roche Plate” in Saint-Quay-Portrieux, in the Bay of Saint-Brieuc, a sprawling house where she settled with her daughter Julie and her nieces Paule and Jeannie. In this letter inviting Mallarmé to join her, she explains why she chose this holiday destination: “we decided to go to Brittany simply by looking at the little posters in the waiting room at the Gare Saint-Lazare… My nieces are with me; we walk along the shore, in the open countryside, and everything would be delightful if not for the fact that this place is so pretty, constantly inviting me to paint it 1.” She also invites Pierre-Auguste Renoir to come and visit her, but he is unable to accept the invitation.
He encourages her to: “Bring back some of those lovely views of the sea, so beautiful in Brittany, with that clear water right up to the shore, and your Julies in white against a backdrop of golden islands.” Well before her, Eugène Boudin had already placed his easel on that same beach in 1868, as Paul Signac would do twenty years later. As for Berthe Morisot (ill. 1), she painted views of the bay and the countryside animated by figures wearing the Breton headdress, portraits of young Breton girls and views of the garden.
The present work belongs to a small series of canvases painted at Portrieux, which allowed her to return to the subject of the garden. In this view of La Roche Plate, two young women wearing large Breton headdresses, as in La Falaise au Portrieux2 (ill. 2) are chatting in the middle of a pathway. According to Monique Angoulvent, it would appear to be Morisot’s niece Jeannie and her daughter Julie. Standing out behind them is the house whose roof emerges from a flower-filled garden. The opulent vegetation provides both a natural backdrop for this conversation and a subject rich in colour. Painted one year before the artist’s death, this work expresses her late style where the elongated impressionist brushstroke is particularly vigorous and free. The painting demonstrates a manner of working now enriched by drawing and the pursuit of a subtle harmony between line and colour. The influence of Renoir, with whom Morisot was particularly close during the last decade of her life, is also evident in this work in the softness of the contours and the luminous sensuality of the paint. Kept by her only daughter, Julie Manet, the work was for her a precious memento of her mother’s final years and brought back happy memories of that stay in Brittany (ill. 3).
1. Lettre de Berthe Morisot à Stéphane Mallarmé, 1894, citée dans Mallarmé - Morisot : correspondance 1876-1895, Lettres réunies et annotées par Olivier Daulte et Manuel Dupertuis, Lausanne, La Bibliothèque des Arts, 1995.
2. Vente Londres, Christie’s, 25 juin 1998, lot n° 150 ou vente New York, Sotheby’s, 3 novembre 2011, lot n° 216.
Fig. 1 : Berthe Morisot, Autoportrait, 1885, huile sur toile, Paris, Musée Marmottan Monet
Fig. 2 : Berthe Morisot, Sur la falaise au Portrieux, 1894, huile sur toile, collection particulière
Fig. 3 : Berthe Morisot, Sur la plage à Portrieux, 1894, huile sur toile
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